Voilà une critique que je voulais écrire depuis un bout de temps, en fait j’y pensais dès le début de ma lecture du livre "Turing’s Cathedral: The origins of the Digital Universe", de George Dyson, paru cette année aux éditions Pantheon Books. Je lis toujours avec intérêt tout ce qui concerne l’avènement de l’informatique, puisque cela amène immanquablement des réflexions sur la conscience et sur l’auto-référence (voir aussi Douglas Hofstadter ). Dans Turing’s Cathedral, il est question des histoires parallèles de la création du premier ordinateur capable d’exécuter un programme et de la bombe atomique. Le livre relate aussi la vie de John Von Neumann, dont le travail et le génie ont été vitaux pour la conception de MANIAC, la machine construite à Princeton. Le livre est organisé en court chapitre portant des titres intrigants, souvent un code référant à un numéro de pièce électronique ou à un bout de code. Plusieurs facettes de ce livre d’histoire permettent de sentir différents aspects de la recherche scientifique et du progrès technologique. Les progrès menant à la réalisation de l’ordinateur sont intimement reliés à ceux sur les méthodes mathématiques permettant la conception de la bombe A. En effet, la première utilisation de MANIAC a été la simulation d’explosion thermonucléaire, sous le couvert de simulations météorologiques. En particulier, la méthode de Monte-Carlo a été développée durant cette période et son application est permise par l’utilisation de l’ordinateur. En se faisant biographe de Von Neumann et d’autres personnages clés comme Edward Teller, Dyson nous permet de mieux comprendre l’attitude de ces scientifiques face à la bombe. Leur fuite d’Europe durant la montée du Nazisme ne leur a pas laissée beaucoup d’estime pour la race humaine.
Le livre parle peu de Turing lui-même, ce qui est un peu malhonnête puisqu’un livre intitulé Von Neuman’s Cathedral ne se vendrait pas beaucoup … Toutefois, le livre rend justice à l’héritage de Turing, lequel a montré qu’avec un jeu d’instruction limité, il est possible de calculer n’importe quelle fonction. Turing lui-même a été inspiré par les Godel, le premier a formalisé des propositions sous forme de chiffres. Les propositions de Godel, qui avait l’étrange propriété de parler d’elles-mêmes, ont été utilisées de façon concrète par Von Neumnann puisque l’ordinateur est capable de modifier sa propre programmation.
Un autre aspect intéressant est la fenêtre qu’ouvre Dyson sur les esprits torturés de Neumann, Turin, Teller, Godel et bien d’autres. Leurs vies tragiques et leurs épisodes de maladies mentales rendent d’autant plus intenses les évènements qui entourent la construction du premier ordinateur. Il est aussi très intéressant de suivre Dyson lorsqu’il fait le parallèle entre l’ordinateur autoprogrammable et le mécanisme de duplication de l’ADN, qui ont été tous deux découverts en 1953. Une telle analogie à de quoi donner des frissons à tout scientifique.
4.5/5
Ça semble vraiment intéressant!
Et dis donc, on commence à avoir quelques spécialités thématiques sur ce carnet, Julie suggérait une catégorie de recherche "pour se coucher moins niaiseux". Qu’en dis-tu?
En effet … Je me dis aussi que je devrais lire de la fiction la prochaine fois ! Et pourquoi pas un livre en francais … Des suggestions (à part Margerite Yourcenar) ?.
Je suggère La condition humaine, d’André Malraux. Je ne l’ai pas lu, mais ça se passe en Chine et ça semble bien.
Ok … je vous donne des nouvelles.
Je te suggère les livres de Michel Folco, fiction historique qui se déroule en France au Moyen-âge, au 18e siècle. Humour et découverte garantie!