19
mai
13

la sauce était presque parfaite

La sauce était presque parfaite(ENTRÉE)
Voilà encore un livre dont j’ai connu l’existence grâce à mon cher commis de bibliothèque préféré. Voyez-vous, on a eu un espèce de trip vieux film classique dernièrement et il l’a aperçu déposé sur une table de la bibliothèque générale lors de la tournée de sa section. Bien que j’avais déjà un intérêt, je trouvais que la connaissance des vieux classiques manquait un peu à ma culture et j’ai décidé de m’y mettre un peu plus sérieusement (Hitchcock est un incontournable…). En plus, sans qu’on le sache vraiment, il y a souvent dans les films récents ce qu’on appelle en anglais des "movies connections" (des références et hommages à de vieux classiques), ce qui est assez amusant pour les initiés. Quoi de plus impressionnant lors d’un visionnement entre amis que de ploguer la référence à tel film de 1956, banalement, entre deux bouchées de popcorns??!! Tiens, voici un autre truc pour paraître hot lors de vos soirées mondaines, gracieuseté de votre dévouée collaboratrice. Par contre, il suffit d’un bon dosage de sérieux et de nonchalance…. vous pourriez facilement passer pour un tata qui lit wikipédia pendant l’ensemble de ses temps libres, ce qui est moins sexy. Ah! Et puis, laissez donc ça au pro des discussions mondaines.. ;-) .

(PLAT PRINCIPAL)

Quel culot j’ai de vous présenter ici, dans un carnet de lecture, un banal livre de recettes!!? Détrompez-vous, ce livre n’a rien de banal et ce n’est pas simplement un livre de recettes.

Alfred Hitchcock était le fils d’un épicier en gros de l’Est londonien, et lui-même un bon vivant amateur de bonne chère, ce dont témoignent autant les photographies de ce légendaire metteur en scène que le contenu de ses films… (…) Hitchcock n’a cessé de faire référence à la gastronomie. Le rituel même des repas est souvent associé à l’action du récit : ainsi le fameux dîner chez la romancière Sedbusk dans Soupçons, le repas de famille dans Jeune et innocent, le pique-nique face à la Principauté de Monaco dans La Main au collet, l’acharnement du policier de Frenzy sur une volaille trop cuite.

Cet ouvrage mêle le récit de la vie et de l’oeuvre d’Alfred Hitchcock du point de vue des nourritures terrestres et les recettes retrouvées au fil de scènes mémorables des films, recomposées pour réaliser soi-même les bons petits plats du maître du suspense. C’est un vrai bijou que j’ai lu avec l’eau à la bouche.

(DESSERT)

Je vous laisse sur ce merveilleux extrait de Frenzy (1972) qui est en plein dans l’idée du livre que je vous présente ici. Le dialogue est décalé, aussi soyez patients et attentifs, je vous promets que ça vaut la peine!

30
avr
13

Chroniques d’un commis de bibliothèque – partie 6

–Le robot-ménager–

En exclusivité pour vous, chers lecteurs, voici le compte-rendu du processus de selection du robot-ménager, dans le cadre de l’operation "guerre à la poussière" a la bibliotheque de l’UL:

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Interviewer: Vous n’avez jamais travaillé en bibliothèque?
ABC Warrior: …
Interviewer: C’est… C’est une mitraillette que vous avez là?

Eh bien… On ne savait pas par où commencer et puis, on a vu cette appelation: ABC Warrior. Alors forcément on s’est dit: "tiens, ABC, avec un nom comme ça il doit pouvoir travailler dans une bibliothèque! Deux pierres d’un coup, on lui fait faire le ménage et les tâches de ces commis geignards et traînes-pieds…"

Le gestionnaire qui a repris le dossier après le décès prématuré de son prédécesseur, un être sagace,  a décidé d’user de "davantage de prudence" dans le processus de sélection.

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B.O.B n’avait pas d’antécédent homidicaire, un nouvel ajout dans la liste des critères (voir les lois de la robotique à ce sujet). C’etait un bon debut. Qui plus est B.O.B est un acronyme pour BiO.Sanitation.Battalion, un vrai de vrai robot-ménager. D’accord, il a vu de meilleur jour, mais les budgets universitaires aussi!

Malheureusement, le processus d’achat a encore une fois avorté, B.O.B s’étant malencontreusement fait aspirer par un trou noir… (Rassurez-vous, il existe un paradis pour les robots, j’ai vu ça à la télé)

En désespoir de cause, on a dû se rabattre sur un modèle "hybride". Bon, bon, d’accord, c’est pas un robot, c’est même pas hybride. c’est qu’une saloperie de balayeuse actionnée par… moi-même. Mais! C’est une balayeuse avec de la personnalité, la preuve elle a un nom!

Alors je vous présente Henry, mon outil (compagnon?) de travail, que j’aime bien imaginer comme étant un robot-ménager (comme ça j’aurais pas à le traîner).

2013-01-31_09-09-49_156

23
avr
13

Beyond the hoax

indexLe hoax en question est un article intitulé: Transgressing the boundaries: toward a transformative hermeneutics of quantum gravity paru en 1996 dans la revue américaine Social Text. Quand l’auteur (Alan Sokal) a dévoilé un an après la parution que c’était un faux article, une parodie, l’encre a coulé abondamment, des propos pas tout à fait tendres ont même été proférés, peut-être que ça vous rappelle quelque chose?

Dans Beyond the hoax (2008), l’auteur revient sur cet article et nous explique les raisons derrière cette formidable supercherie.

Ce qui peut sembler étonnant, à première vue, c’est le fait que la maison d’édition Social Text n’y a vu que du feu, alors que l’article va très loin dans le délire. Mais voilà. si ce délire n’a pas immédiatement été perçu comme tel c’est que:

1) Sokal a prit bien soin de licher (en les citant à outrance) abondamment les  éditeurs de Social Text.

2) L’ensemble du texte est écrit  (sciemment) avec un tel niveau d’obscurité (fioritures de langage, mauvaise utilisation des mots scientifiques, etc) qu’en définitive c’est impossible d’en dégager un sens sans l’interpréter.

3) L’article incorpore des éléments (souvent faux) de science pure; disons-le, la grande majorité des science-socialeux n’y connaisse, pour ainsi dire, que dalle.

4) Cet article ne détonne pas tant que ça par rapport à d’autres écrits déjà parus en sciences sociales (Derrida, Deleuze, Guattari, Lacan et bien d’autres) qui font un usage farfelu des théories scientifiques en vogue (ça fait peur).

Le premier chapitre est justement constitué du fameux article, cette fois-ci annoté par l’auteur. Comme dans les textes qu’il cherche à imiter/parodier, l’article frauduleux met en doute la validité de la "méthode scientifique", et ramène la science à une vision de la réalité (parmi d’autres supposément aussi valables (!)) au service d’une «idéologie de domination"… La physique quantique et la pensée postmoderne réunies, dans un article qui semble on ne peut plus sérieux.

Extrait de l’article:

[...] geometry becomes relational and contextual; and the foundational conceptual categories of prior science – among them, existence itself – become problematized and relativized.

Annotation de cet extrait dans ce livre:

This latter statement is utterly meaningless, but it sounds good in certain circles. [...]

Pour Sokal, le scepticisme radical présent à la base de la pensée postmoderne (relativisme absolu) peut facilement tendre vers l’effet contraire, c’est-à-dire que le scepticisme envers la science mine le rapport à la réalité des gens et les encouragent, en quelque sorte, à adopter des explications alternatives (pseudosciences) avec pour seul critère de sélection, l’attrait qu’elles provoquent sur eux. En ce sens, Sokal estime que la religion n’est guère plus qu’une branche particulièrement florissante des pseudosciences.

Voici une citation que j’espère graver dans ma mémoire:

To maintain a scientific outlook requires a constant intellectual and emotional struggle against wishful, teleological and anthropomorphic thinking, misdjudgments of probability, correlation and causation, perception of nonexistent patterns, and the tendency to seek confirmation rather than refutation of our favorite theories.

images

Dr Schreber says: "Une petite dose de croyance en la vie apres la mort, de theorie du complot, de guerison miraculeuse, de destin qui fait pour le mieux, et nous avons là… Eh bin, le citoyen moyen!"

Le chapitre 1 (le faux article) et ses annotations, est très divertissant à lire. Certains autres passages du livre sont un peu redondants, mais dans l’ensemble c’est une lecture fascinante.

4.5/5

25
mar
13

Sus aux sciences sociales

Platon aura fait presque autant de tort à l’humanité que Jésus le Christ; ou comment se faire le plus d’ennemis possible en une seule phrase.

Aujourd’hui, je me permets un bref intermède (sans commentaire de lecture) pour expliquer pourquoi j’exprime de plus en plus mon scepticisme face aux sciences humaines et sociales. Tout a commencé avec cette lecture: adapted mind.

En fait non, tout a commencé avec ma première année d’université. Avec mon bac multi-machin composé de 1/3 sociologie, 1/3 science politique, 1/3 histoire. Maintenant, quand je dénigre les sciences sociales, je n’implique que le premier tiers, la sociologie (et en vérité,  par extension, l’anthropologie, la psychologie non-cognitive et plus sélectivement, la philososphie). J’avais un vague malaise par rapport à la sociologie, malgré quelques très bons cours, sans pouvoir en définir la source.  Mais qu’y a t-il de différent entre sociologie, science politique et histoire? L’histoire est une tentative de restitution du passé, où les sources sont analysées, comparées, recoupées, pour tenter d’en arriver à une représentation le plus juste possible. La science politique, c’est de l’histoire contemporaine avec un accent mis sur les grandes idéologies et les structures politiques. La sociologie, c’est de l’histoire, c’est des idéologies, mais c’est aussi, et c’est là la grande différence, de la théorisation. Que veux-je dire par là? Théorie sociologique II: phénoménologie, théorie sociologique III: constructivisme. Des cours que j’ai suivis et que pourtant  je serais bien en peine de résumer.

Mais voici un extrait de la phénoménologie de Husserl que j’ai saisis sur le web (lien ci-dessus):

Un trait distinctif des vécus qu’on peut tenir véritablement pour le thème central de la phénoménologie orientée « objectivement » : l’intentionnalité. Cette caractéristique éidétique concerne la sphère des vécus en général, dans la mesure où tous les vécus participent en quelque manière à l’intentionnalité, quoique nous ne puissions dire de tout vécu qu’il a une intentionnalité. C’est l’intentionnalité qui caractérise la conscience au sens fort et qui autorise en même temps de traiter tout le flux du vécu comme un flux de conscience et comme l’unité d’une conscience

Vous auriez beau remettre ça en contexte tant que vous voulez, je vous met au défi d’expliquer ce paragraphe de façon cohérente. Tâche ardue mais pas impossible, à condition de se référer à un contexte de savoir assez exigu de néo-platonisme délirant: l’Idée précède la matière et ce genre d’âneries pré-scientifiques. C’était bien beau à l’époque des toges, mais reproduire ce genre d’élucubrations désincarnées à notre époque c’est pas très loin de la schizophrénie.

index

Platon:" Dansonmonde devrait être banni et exilé en Atlantide!"
Interlocuteur: "Mais ne disiez-vous pas que l’Atlantide était une fable?"
Platon: "Justement!"

J’en aurais bien long à dire sur le sujet mais le mieux est de passer à mon prochain commentaire de lecture avec, croyez-le ou non, un livre tout à fait en lien avec ce sujet.

23
mar
13

Pyongyang

Ce qu’il y a de bien à travailler en transport en commun, c’est d’avoir plein de temps pour lire.  J’en ai donc profité pour lire une bande dessinée de Guy Delisle, Pyongyang. C’est un voyage que l’auteur effectua quelques années avant la Birmanie… pays qui paraît presque comme une démocratie et un pays de liberté comparé à la Corée du Nord. C’est un pays tellement fermé, contrôlé, affamé…

Pourtant cela n’empêche pas des multinationales françaises et d’autres pays européens de sous-traiter une partie de leur production en Corée du Nord (comme le font d’autres entreprises avec les dictatures un peu partout dans le monde). On peut imaginer les pots de vin qui ont du être versés pour avoir accès à des employés sous-payés, obéissant et ne comptant pas leurs heures. Ils doivent travailler six jours par semaine et offrir une journée de volontariat. Le volontariat allant de balayer les autoroutes vides ou tondre les gazons à la faucille.Pyongyang

Il faut dire que le peuple travaille pour la Nation… enfin pour ses dirigeants qui sont des dieux vivants. Kim Il-Sung est toujours président à vie, même s’il est mort depuis des années et son fils Kim Jong-Il a réussit des exploits sportifs, artistiques et intellectuels qui feraient pâlir d’envie Hercule, Picasso et Einstein. Qui sait ce qui nous attend avec Kim Jong-Un ?

Guy Delisle s’était rendu en Corée du Nord pour le compte de son employeur, une compagnie d’animation et de dessin animé. Au début, les excès de propagandes lui paraissaient rigolotes, mais après plusieurs mois de la même rengaine il était totalement exaspéré! Il ne peut se promener librement (mais réussit quelques fois) sans un guide ou un traducteur et les visites sont toujours liées à la propagande du parti. Comme le Musée de l’amitié ou des installations olympiques qui n’ont jamais été utilisées. L’électricité n’est pas disponible partout et à toute heure, sauf dans les hôtels des occidentaux.

J’ai beaucoup apprécié la lecture et je le recommande pour ceux qui veulent un aperçu de la vie en Corée du Nord, le pays le plus fermé du monde.

4/5




Nota Bene

Nous apprécions les commentaires, que ce soit sur des articles tout neufs ou poussiéreux. Merci de nous lire!

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